mardi 26 février 2013

[S3] Une question sans réponse

En 2008, les éditions Dreampress.com, emblématique éditeur de la revue (devenue anthologie) Ténèbres ont lancé un appel à textes intitulé : Méchants !

Il s'agissait d'écrire à son méchant préféré… (S.-F., fantastique, fantasy et thriller en littérature, au cinéma ou à la télévision). Conditions de participation : donner le nom du méchant choisi. Rédiger une lettre à son intention de 15 000 signes maximum (y.c. espaces) replaçant le méchant dans son contexte et faisant preuve d’originalité, d’imagination et de qualités littéraires.

J'avais adressé Une question sans réponse à Dreampress.com et avais eu le plaisir d'être sélectionné. Fin 2009, joie et félicité, acceptation, demande de renseignements, l'anthologie arrive, elle est au four, la cuisson est bientôt terminée...

Et depuis, black-out total. Fin 2010, je relance. On me dit, "ça va venir". Divers échos depuis lors me font penser que les Méchants ! sont bel et bien enterrés. Les méandres de l'édition, guerre et paix, joie et peine, amour et haine.

Aussi, je profite de ce capotage pour proposer à votre sagace lecture le texte prophétiquement titré :


Une question sans réponse


Vous mes amis le soleil vous inonde,
Vous dites que je sortirai de l'ombre,
J'aimerai bien vous croire mais mon cri renonce,
Ma question reste toujours sans réponse

Mike Brant, Qui saura



Chère teigne,

J’espère que cette lettre te parviendra par-delà les mondes. Voilà bien longtemps que tu ne hantes plus nos écrans, uniquement ma mémoire et mes rêves. Bien que tu aies disparu de la circulation, on trouve encore quelques images de toi, éparses, toujours aussi effrayantes. Ta violence, primitive, bestiale, était ton plus évident signe distinctif. Tu as toujours été si fier, si suffisant. Ta cruauté gratuite n’avait d’égal que ta ténacité. C’est ce qui a fait de toi un grand méchant même si tu as connu une gloire éphémère.

À ton époque, il était inconcevable de traverser une forêt sans craindre pour sa vie, la peur au ventre, priant pour ne pas croiser ta route ni entendre retentir ton rire insane. Tu crachais ta vengeance sordide à la face de l’Humanité, sans honte de ce que tu étais, y puisant force et plaisir, te nourrissant de la peur, te rassasiant des cris de panique.

Bien sûr, pour beaucoup tu n’es plus qu’un lointain souvenir un peu amer mais je n’ai jamais pu t’oublier. Je ne me rappelle que trop bien ton regard noir et haineux, et le souffle de ta tronçonneuse quand tu t’approchais pour taillader les chairs. Tu aspirais à barbouiller l’univers d’écarlate.

On ignore tout de tes origines mais je devine que ta silhouette bouffie est le produit de quelque expérience consanguine, que tu es issu d’une longue et pénible dégénérescence génétique. Et quand on pense que, sous cette folie, il y avait un homme bon, comme les autres, un homme qui s’appelait Maurice.

À l’image de tes semblables, tu as survécu à tout. Ce dont tu as réchappé, aucun homme n’aurait pu l’endurer. Frappé par la foudre, expulsé d’une camionnette roulant à tombeaux ouverts, piétiné par un camion, roué de coups, passé à tabac par une vingtaine de gros bras… Rien n’y a fait. Tu t’es relevé de chacune de ces épreuves, plus fort, plus fou, plus féroce. Tu avais de quoi susciter l’admiration ou, à tout le moins, une fascination maculée d’écœurement. Il n’y a guère que face à la famille Addams toute entière que tu as perdu de ta superbe, échouant dans un container à ordures.

Ensuite, tu t’es fait discret. Tu as été détrôné par d’autres énergumènes, plus modernes, et à l’antipathie plus souterraine. Ta méchanceté était trop évidente, tu la portais comme un étendard. Les bad boys comme toi ont toujours été des produits périssables.

J’avais espéré me défaire un jour de ton influence démoniaque, de ton rire glaçant, mais force m’est d’admettre que tu berces toujours mes cauchemars depuis plus de quinze ans.

Oh bien sûr, les autres ne peuvent pas comprendre la terreur muette que tu m’inspires et l’emprise que tu exerces sur moi. Ils ont des démons fantasmés, surpuissants et hideux. C’est ton humanité qui fait de toi un monstre à part, un monstre qui me tétanisera toujours plus que n’importe quel Alien, Gripsou ou Dracula.

Je voulais juste te dire, avant que tu ne joues les fiers à bras, que tu ne me fais plus peur. J’ai vaincu mes démons, je t’ai affronté, j’ai bu la coupe jusqu’à la lie, oui, j’ai arraché ce sourire suffisant de ton visage, serré de mes mains ta gorge jusqu’à faire jaillir ton sang : je t’ai bu, j’en ai eu le souffle coupé, horrifié par mon acte démentiel. J’ai aspiré ta vie, depuis la plaie à vif, recrachant le liquide. Des haut-le-cœur se frayaient un chemin pour extraire ta substance de mon être mais j’ai tenu bon.

Je n’ai plus peur, désormais.

Il ne subsiste plus que cette question, entre nous, qui n’a pas su trouver d’écho. Même si je crains de connaître la réponse que tu me feras, je ne peux que te laisser cette ultime chance de t’expliquer sur ta conduite. Considère-le comme une main tendue, la dernière occasion que tu auras de faire valoir ta version des faits, au lieu de laisser le monde spéculer.

Alors ?

Orangina rouge, pourquoi es-tu aussi méchant ?



Explications :

Avec l'idée de répondre à l'AT Méchants est venu un constat : des méchants de S.-F., fantastique, fantasy et thriller en littérature, au cinéma ou à la télévision... il y en avait tout simplement trop ! Trop pour en élire un seul, trop pour en laisser tant de côté. Et puis je me suis dit que le méchant ultime, c'était, au fond, celui qui avait su marquer les esprits avec un temps de parole très court. J'ai pensé à la pub. De là, il n'y avait plus l'embarras du choix.
Orangina rouge, c'est un méchant drôle qui se prend au sérieux. Un costume grotesque et de la méchanceté pure, sans justifications et sans limites. Mais rien ne se passe pour lui comme il devrait. Et heureusement pour nous...

samedi 23 février 2013

Comment devenir un écrivain riche et célèbre : le bilan

Le temps est venu de faire le bilan de ma pentalogie bloguesque Comment devenir un écrivain riche et célèbre.

Pour ceux qui ignorent ce dont je parle, je les renvoie ici :
Le bilan est très positif, puisque, premièrement je me suis bien amusé, et deuxièmement, les lecteurs qui ne m'ont pas adressé de lettre d'insulte, ont eu l'air aussi. Bon, j'aurais quand même apprécié une insulte ou deux, qu'on se foute sur la gueule, ça donne tout de suite plus de classe, le côté sulfureux, ambivalent, contrasté. Enfin, bon, tant pis.

Ensuite, quelques statistiques :

Certains sont parvenus à trouver la foi par l'intermédiaire de recherches Gogol bien inspirées :
  • commnet devenir écrivain et riche
  • devenir célèbre en 2013
Réponse : apprends à écrire... et suis ma méthode, ça ne peut pas te faire de mal.

Certains cherchaient des :
  • stylos gendarmerie
  • plume écrire
Réponse : non, désolé, tu ne trouveras ni stylo de gendarmerie ni plume pour écrire ici, camarade.

D'autres s'interrogent sur :
  • différence griffe d'encre: refus 
  • refus appel à texte griffe d'encre
  • appel à texte différence par griffe d'encre
  • appel à texte griffe d'encre différence
Réponse : un acharné, qui plus est ! donc, pour mettre fin à tes souffrances, oui, je te confirme, étranger, j'ai participé à l'AT Différences de Griffe d'Encre et j'ai essuyé un refus. Ceci dit, l'AT est rouvert, si tu veux.

Par ailleurs, 115 visites depuis la Russie, je me demande si Gégé, cité en introduction de la première phase Infiltration fait de l'ego-web ? À moins que ce ne soit Vlad Poutes qui surveille ce qu'on raconte de son investissement ami.

De fait, cette petite chronique m'a donné envie de lire le livre de Steve Hely Comment je suis devenu un écrivain célèbre. Vous avouerez, c'est difficile d'y résister après ça. Et d'ailleurs, je suis en train. La chronique asap.

vendredi 15 février 2013

L'étrange vie de Nobody Owens

Un nouveau Gaiman de derrière les fagots.

Nobody Owens était presque encore un bébé quand sa famille a péri sous la lame du plus célèbre des tueurs de Londres, le Jack. La nuit du drame, il est cependant parvenu à se réfugier dans un cimetière, où un couple de fantômes l'a recueilli et l'a élevé comme l'un des leurs, sous l’œil bienveillant de Silas, son ami ni vivant ni mort. Mais cette période heureuse est aujourd'hui révolue, car le Jack rôde toujours, et l'heure est venue d'aller l'affronter une bonne fois pour toutes. À l'extérieur.

Si je n'avais pas accroché à Des choses fragiles,  j'ai retrouvé dans Nobody Owens tout ce que j'apprécie chez Gaiman : l'univers original, l'écriture fluide et poétique, l'ambiance prégnante. Plutôt constitué comme un fix-up − certains chapitres sont clairement structurés comme des nouvelles indépendantes − le livre gagne à ce morcellement, en relançant l’intérêt avec une intrigue multiple et un fil rouge, le Jack.

Court, drôle, original. Oh yeah.

lundi 11 février 2013

Comment devenir un écrivain riche et célèbre (5/5)

Voici venir la conclusion de notre saga de l'hiver Comment devenir un écrivain riche et célèbre. Suivie par plus de 10 fidèles péquins, tassés au bord du zinc en train de déguster un petit noir pour se remettre de tout ça, je sers le dessert sans plus attendre :

Étape 5 : Exfiltration

Il est temps, mon ami. Tu es grand, tu es beau. Tu as conquis l'Univers Littéraire Microcosmique. Ton nom est synonyme de puissance, de verve et de douce subversion. C'est toi que les autres citent en exemple désormais et cherchent à rallier à leur bannière.

Mais ta soif de célébrité et de richesse est insatiable. Ici, tu es en terrain conquis. Il faut te tourner vers de nouveaux horizons. Vers de nouvelles contrées vierges. Tu ne peux plus guère grandir dans cet Univers qui t'a enfanté et qui est désormais moins accueillant qu'une prison mexicaine.

Claque une bise, coupe un oignon pour avoir l'air sensible. Le Monde s'offre à toi, tel un fruit mûr et juteux dans le vert pré voisin. Où que porte ton regard, il contemple avec envie : la littgen, le polar, le thriller, la bit-lit, la paranormal romance, la jeunesse, le porno innovant, la BD, le jeu de rôle, les wargames, le théâtre, le jeu vidéo, la télévision, le cinéma...

Certes, tu reviendras, périodiquement, épisodiquement, telle une rock star, à tes premières amours. Ne serait-ce que pour bénéficier de l'aura que tu as acquise dans ton milieu natal. Et puis il faut avouer que les festivals d'Imaginaire, avec ton statut, c'est quand même : le voyage, l'hébergement, la bouffe, payés ; les tables rondes et les dédicaces, assurées. De là à être bombardé coup de cœur, il n'y a qu'un pas.

Contrairement à l'adage, l'important ce n'est pas de ne jamais oublier d'où l'on vient. C'est de surtout ne jamais perdre de vue où l'on veut aller...

Tu ne pars pas les mains vides. Tu es aguerri de plusieurs années de camouflage, de ruse, de mensonge, de coups de poignards dans le dos, de sourires de façade, de médisance classe et de suffisance crasse.

Quoi que tu choisisses, tu t’intégreras très bien.

Tes éditeurs peuvent être fiers de toi, petit. Va, vis et deviens.

lundi 4 février 2013

Comment devenir un écrivain riche et célèbre (4/5)

Vous voici infiltrés, verrouillés. Vous avez contaminé, Gott sei Dank.

Let's propagagate.

Étape 4 : Propagation

À ce stade, les réseaux sociaux sont tes amis. Le moindre de tes éphémères pets de l'esprit provoque de l'écho. Il est de bon ton de fermer ta gueule sur des sujets graves (tu ne sais jamais quel pan absurde de ton lectorat tu pourrais froisser) sauf pour dire que tu es bien d'accord avec tout le monde, et d'y ajouter un bon mot (ou une image lolcat). Par contre, sur les sujets légers dont on se contrefout, sois pertinent voire impertinent. Si tu n'y arrives pas, plagie. Si tu es plus connu que celui que tu plagies, ça passera tout seul.

Interviens souvent et brièvement. Le but est qu'on parle de toi, surtout s'il n'y a aucune bonne raison pour cela. Le plus efficace est de parvenir à s'entourer de fans. Ce sont souvent des potes qui t'encensent sans révéler qu'ils te connaissaient d'avant, qui vont relayer pour ton compte toute information utile ou soi-disant croustillante. L'auto-promotion est rarement vue avec bienveillance, ça passera beaucoup mieux avec des mulets pour disséminer tes messages.

De la même manière, donne des conseils aux autres. L'écriture est un art, et tu es un artiste, mais aussi et surtout un artisan. Tu as appris, tu sais tellement de choses, tu as des techniques. Et tu es tellement redevable au milieu littéraire que tu as allègrement pillé, que tu te sens obligé de rendre la pareille. Alors tu donnes des conseils aux wannabe, maintenant que tu n'en es plus un. Et ta cote de popularité monte d'autant. Va dans les écoles (tu auras les contacts adéquats) propager la bonne parole, organise des ateliers d'écriture, sors un livre de compilation de tes plus belles lettres de refus et/ou d'acceptation.

Dans les salons, tu es au sommet de ton art. Tu peux passer des heures et des heures à ne parler que de toi, que de ce que tu as écrit, de ce que tu écris, de ce que tu écriras. De tes 5 premiers romans qui pourrissent dans les tiroirs de ton bureau demi-ministre, sur lequel tu écrivais dans ta prime jeunesse à la plume et à la bougie, courbé pendant des heures, à l'époque lointaine où tu cherchais l'inspiration et la célébrité dans les bouteilles de Desperados (une certaine passion pour la tequila, donc, mais agrémentée d'une rondelle de citron dans le goulot, ce qui fait tout de suite plus cool). Des œuvres de jeunesse, impubliables de toute évidence, tu le sais bien, tu as tant progressé depuis.

Quand on t'interroge sur l'origine de ton inspiration, tu sais varier les versions, les explications. Prépare des anecdotes, toujours centrées sur toi. Si tu parles d'autres auteurs, choisis-les soigneusement, et uniquement s'ils ont une plus grande notoriété que la tienne. Utilise ton expérience acquise en étape 1 : la maison d'édition que tu as créée de tes mains et qui a coulé faute de moyens financiers (vilains lecteurs / libraires / banquiers), le fanzine de cuisine imprimé sur du papier alimentaire, le ponte anglo-saxon à qui tu as traduit les questions bovines de la table ronde d'honneur au dernier festival. Il faut donner l'impression au lecteur qu'il sortira grandi de ton livre. Tu agites tellement d'intelligence devant les yeux de ton auditoire que ce que tu écris en est forcément bardé.

Tu as tellement de choses à raconter sur l'écriture qu'on se demande pourquoi tu écris encore.

Et c'est d'ailleurs la question à laquelle nous répondrons lors de notre dernière phase vers la gloire et l'opulence : étape 5, l'exfiltration.

lundi 28 janvier 2013

Comment devenir un écrivain riche et célèbre (3/5)

Les fidèles des étapes 1 et 2 l'ont compris, ma méthode magique de compréhension ultime des méandres de l'Univers Littéraire Microcosmique ne ramène pas l'être aimé, ne guérit pas les jambes de bois, mais, avec un peu de chance et de tequila paf, vous vous en paierez une bonne tranche.

Étape 3 : Contamination

Pour transformer l'essai, il faut t'ancrer au milieu. Tu dois te rendre indispensable, incontournable, inestimable. Il faut donc sauter sur tous les projets qui bougent, ne compter ni ton temps ni ton énergie. Lâche les faibles, courtise les forts. Incruste-toi à la moindre hésitation, à la plus petite fissure dans un sommaire de grands. Adapte-toi en permanence. Ce faisant, tu réussiras le tour de force de te faire inviter dans les anthos fermées, sans avoir jamais rien publié (ou si peu). Mais peu à peu, comme un cercle vertueux, publier te rendra publiable. Là, on présuppose que tu as un minimum de savoir-faire en écriture, parce que rien ne remplace le piston, euh, le talent.

Fais comme si tu étais un pro. Les autres n'y verront que du feu.

Il est temps de lâcher ton premier roman. Et d'avoir la suite sous le coude, si le vent souffle du bon côté. Parie sur un petit éditeur passionné, qui fera du bon gros boulot, défrichera ton torchon, corrigera toutes tes fautes de grammaire, d'orthographe, de concordance des temps, de positionnement de virgules, défendra ton bébé, le portera à bout de bras. Sa réputation fera la tienne. Puis, pour avancer, multiplie les projets. Boucle un autre roman qui ne peut pas intéresser ton premier éditeur, pour le lâcher en douceur maintenant qu'il ne t'est plus d'aucune utilité. Tu as déjà vu l'état d'une rampe de lancement après le décollage de la fusée ? C'est l'idée.

Le coup de maître de la contamination : signe avec ton second éditeur une série par avance. Seul le tome 1 est écrit ? Tu n'as aucune idée de la manière dont tu atteindras le tome 8 ? Nevermind ! Crois-y, et les autres croiront en toi. Si tu disposes de l'atout imparable du "sans vrai travail", c'est le moment d'en tirer parti. Tu dois être à 200% centré sur ta carrière d'auteur à succès. Pas de travail, pas de famille, pas de patrie. Le top du top étant de te faire inviter en résidence d'auteur pour bosser sur ton octalogie. Mais là, bon, en toute honnêteté, on touche du doigt le sommet du grand art.

Monte en épingle la moindre de tes nominations à des prix ou la plus petite notule sur tes écrits. Raconte que tu es sélectionné au premier tour du Prix Merlin, ou du Rosny Aîné, selon la catégorie dans laquelle tu boxes, et peu importe si tous les textes parus l'année précédente sont repris d'office.

Logiquement, cela fait bien longtemps que tu es inscrit aux listes de diffusion, que tu as créé un blog, un site, un live journal, une page fan Facebook, un compte twitter, tu veux devenir un winner, WTF.

N'hésite pas à prétendre que tes œuvres forment un tout cohérent, un schéma unique, extrêmement complexe et élaboré. Seuls les lecteurs attentifs et titulaires d'un doctorat de mathématiques (une préférence pour les sujets de thèse un peu originaux, je ne sais pas, moi : analyse par ondelettes de champs stochastiques anisotropes et à accroissements stationnaires, par exemple) seront aptes à suivre le cheminement de ton esprit tortu()eux.

Cite des types morts en exemple, ça fait toujours de l'effet (et en plus, ils ne peuvent plus se défendre).

Si tu as contaminé correctement, tu n'as pas eu besoin de créer toi-même (sous pseudo) ta page Wikipédia. Et tu es maintenant prêt à déclencher l'avant-dernière phase du plan de conquête de la Littérature : étape 4, la propagation.

lundi 21 janvier 2013

Comment devenir un écrivain riche et célèbre (2/5)

Je rappelle à toutes fins utiles que je ne suis ni riche, ni célèbre, ni même écrivain, ce qui me confère sur le sujet évoqué une légitimité équivalente à celle de Lio quand elle essaie de parler de talent.

Vous qui cherchez néanmoins le moyen infaillible de devenir un écrivain riche et célèbre, passez par l'étape 1, ne recevez pas 20 000 et suivez le guide :

Étape 2 : Verrouillage

Bon. Tu es un lecteur (oui, je te tutoie, tu es des nôtres, désormais). Un agneau parmi les loups. Tu es infiltré. Les gens de l'Univers Littéraire Microcosmique te connaissent de vue, et ils te disent bonjour. Tu achètes les dernières nouveautés des maisons d'édition que tu cibles. C'est bien. Tu discutes avec les éditeurs, auteurs, illustrateurs, critiques, chefs de collection. C'est mieux. Si tu n'es pas un handicapé social, tu arrives à faire illusion, genre hi hi, wah wah, qu'est-ce qu'on s'éclate, je m'intéresse à vous parce que vous êtes trop cools (et donc moi aussi), et non parce que je peux en retirer un avantage à terme.
Alors, le plus efficace, c'est de donner un coup de pouce au destin, de forcer la main sa chance. Il faut apporter son aide. Participer à l'organisation. À la logistique des festivals. Reprendre la todo list de l'étape 1. La phase est délicate. Les gens peuvent commencer à savoir que tu écris. Mais pas vraiment sérieusement. Plutôt parce que tu admires tellement des vrais auteurs (comme eux) que tu ne peux pas t'empêcher de faire (comme eux), d'aligner des mots sur la page. 5 ans plus tard, tu jureras tes Grands Dieux que déjà au berceau, ta mère te lisait Deleuze. Mais là, le but est de paraître inoffensif. Et puis, un bon contact, un éditeur vaguement naïf, ou une relation que tu as su (ré)activer au bon moment, et hop, tu tiens ta première publication. Si tu peux regarder le sommaire de ta grande première en te demandant ce que tu fous là, comment on a pu te laisser une place au milieu des cadors du genre, alors tu tiens le bon bout.

À ce stade, un atout indéniable se détache, qui te fera gagner de précieuses années dans ta quête de célébrité littéraire. Tu ne dois pas avoir de vrai travail. Ni avoir besoin de travailler pour subsister. Au choix : papa paie ton loyer (durablement), ton conjoint roule sur l'or, tu as hérité de mamie Gélatine, maman t'a réservé les jetons de présence du Conseil d'Administration de sa boîte. Tu dois pouvoir crier que tu rêves d'être écrivain à temps plein, et que tu es prêt à tous les sacrifices pour ça. C'est sûr, c'est plus facile quand on n'a pas besoin de gagner sa vie.
Au pire du pire, si vraiment tu ne parviens pas à faire autrement, sois enseignant. L'endurance orale te sera précieuse lors des salons, festivals, rencontres, dédicaces, tractations éditoriales.

Voilà. Mais, chers lecteurs... je vous sens déçus. Vous en êtes déjà parvenus à ce stade ? À force de ténacité et de crocs-en-jambe, vous vous êtes verrouillés sur votre objectif comme un parasite sur un hôte récalcitrant ? Vous vous demandez que faire désormais ?

Pas de panique, vous trouverez toutes les réponses dans notre prochaine édition : étape 3, contamination.

lundi 14 janvier 2013

Comment devenir un écrivain riche et célèbre (1/5)

Gageons qu'avec un titre aussi (pro)(é)vocateur, je vais au moins générer le double de mon trafic coutumier. Manquerait plus que je parle de Justin Bieber ou Lorie et Depardieu (quoi, ils sont ensemble en Belgique russe à danser dans The Voice ?) et ce serait la ruée, la curée, l'épicurée. Oups, tiens, ba c'est fait.

Bref. Aujourd'hui, du haut de mes 10 ans d'expérience d'écriture, de tentatives de publication, de réussite(s), d'échecs, de plantages dans le mur et de bisbilles en tous genres, je vous livre le Saint Graal de la profession en 5 étapes. Pas le mien puisque force est de constater que je n'en suis pas au niveau requis − je ne suis ni riche, ni célèbre, ni, à bien y réfléchir, écrivain. Mais disons qu'il s'agit d'une compilation, d'un best-of de pratiques honteuses efficaces pour percer en SFFF.

Étape 1 : Infiltration

Le B.A. BA de la réussite littéraire, c'est la connaissance. Knowledge is power comme disait l'autre, et encore, je vous dispense de la version hongroise. Pour commencer votre carrière littéraire, il faut donc vous immiscer dans le milieu visé, mais pas avec vos gros sabots d'auteur bouseux du dimanche. Non. Il faut vous intégrer progressivement par la voie de moindre résistance, la voie flatteuse, la voie de la LECTURE.
Parce que vous entendrez dire qu'il y a plus d'auteurs que de lecteurs, parce que les écrivains sont des égocentriques en perpétuelle recherche de sens et de reconnaissance, votre passeport pour la gloire se nomme la lecture. Know your enemy.

Vous pouvez au choix (liste non exhaustive) :
  • monter un fanzine (3 ou 4 numéros suffiront)
  • animer un blog de lecture (ne commettre que des critiques positives avec l'excuse pratique que "vous ne parlez que de ce que vous aimez")
  • créer une maison d'édition (vous vous éditerez vous-même plus tard devant la pression de vos fans)
  • beta-lire les autres wannabe
  • diriger une anthologie (en un appel à textes ouvert, vous connaissez presque tous les wannabe auteurs du moment)
  • faire de la traduction (là c'est coup double : vous rendez service et vous vous forgez des contacts de la mort)

Les meilleurs parviennent à cumuler plusieurs rôles.

NB : rassurez-vous si vous n'y connaissez rien. La plupart de ceux qui égrènent la liste précédente non plus. Qui plus est, il n'est pas rare que des projets d'édition capotent, sans raison, sans justification autre que "mais tu sais, moi, je fais ça bénévolement, ma mère est malade, mon chien est parti". Et Dieu sait pourtant que c'est douloureux l'absence d'un partenaire canin aimé. Il faut donc avant tout que les autres entendent parler de vous. Lorsqu'il sera évident que vous êtes un escroc, vous serez passé à autre chose depuis longtemps.

Rendez-vous dans 1 semaine pour l'étape 2 : le verrouillage.

lundi 7 janvier 2013

Betty

Court roman (mais non, je ne suis pas obsédé par les novellas...) d'Arnaldur Indridason, par lequel j'ai commencé avant de plonger (peut-être) dans sa série sur le commissaire Erlendur dont on entend dire le plus grand bien, à commencer par sa Cité des Jarres.

Un exercice d'écriture, sans aucun doute, et sûrement un gros boulot à la traduction.

C'est noir, direct. L'histoire est assez prévisible, simple, quoique bien écrite. Récit dynamique, à la première personne, en flash-back, et le twist de milieu d'intrigue, renversant, dans lequel je suis tombé. Pourtant, un léger décalage dans les mots, dans les tournures de phrases, interpelle, sans que j'aie mis le doigt dessus avant qu'il soit trop tard.

Chapeau rien que pour cet aspect, c'est tout l'avantage des textes courts : l'expérimentation. Et là, c'est réussi.

mardi 1 janvier 2013

[S3] Un vœu pour Noël



À l'occasion de la nouvelle année, une short short de circonstance !

Un vœu pour Noël



Ma fille jouait avec ses poupées en fredonnant la chanson de générique du dernier Roi Lion quand, sans même détourner les yeux de son jeu, elle a dit :
« Si tu pouvais faire un vœu, n’importe lequel, ce serait quoi ? »
J’ai soupiré, je l’ai regardée. Dehors, le vent soufflait. Il était 17h mais la nuit était déjà tombée. On nous annonçait une tempête d’anthologie, une histoire de fin du monde à l’approche de Noël, quelque chose avec les Mayas que je n’avais pas bien saisi, ou pas voulu comprendre.
Ma fille avait cru que la radio parlait de Maya l’abeille.
« Je ne sais pas. Peut-être travailler moins, pouvoir passer plus de temps avec maman et toi. »
J’ai ressenti un pincement au cœur. Le boulot… Il fallait y passer tellement de temps, y dispenser tant d’énergie, pour satisfaire d’éternels insatisfaits. J’étais usé par mes années de labeur, mon costume trop grand dont j’étais si fier jusqu’alors, me sortait dorénavant par les yeux et je ne redoutais rien tant que le décrocher de la penderie pour l’enfiler, moment qui était précurseur de journées infernales. Je ne m’en étais même pas défait en rentrant, comme s’il s’était agi d’une seconde peau, comme si je n’existais pas en dehors.
Je sentais qu’il allait neiger. Encore une galère. Gérer la logistique, par un temps aussi exécrable, c’était double corvée, triple punition. Il y aurait des retards, des clients mécontents, de la marchandise abîmée, bradée, refusée. Encore. Et, une fois encore, je ne passerai pas les fêtes avec ceux que j’aime.
Ma fille a dégrafé les habits de princesse de sa poupée préférée – celle avec le fard à paupières vert jade – et s’est évertuée à lui enfiler une tenue visiblement trop petite et plus adaptée aux bimbos de chez Mattel qu’aux adulescentes de Disney.
Renonçant bientôt devant l’ampleur de la tâche, elle a repoussé ses cheveux en arrière en levant les yeux au ciel, comme une petite grande qu’elle était.
« Ça m’énerve. »
J’ai souri, mais, avant d’avoir pu trouver un trait d’esprit pour dédramatiser, elle a enchaîné.
« Moi, si je pouvais faire un vœu, je voudrais que ce soit Noël tous les jours. »
Dans la rue, les décorations accrochées au réverbère se sont illuminés comme pour lui répondre, et elle a gloussé.
Mon sourire s’est figé.
« C’est une excellente idée, ma chérie » ai-je dit, mais le cœur n’y était pas.
Dans un élan de tendresse, je l’ai serrée contre moi.
« Tu me fais mal. »
Je l’ai embrassée sur le front, elle est partie vers les escaliers, direction la cuisine, où sa mère chantonnait la même chanson du Roi Lion.
J’ai regardé mon costume rouge froissé, mon bonnet fourré qui me donnait des rougeurs sur le front, ma hotte de travail.
Noël tous les jours.
Pitié, tout mais pas ça.